Judith Butler. Philosophe. Philologue. Théoricienne queer. Professeure. Prix du courage civil de la gay pride berlinoise 2010.  - Prix qu'elle a refusé !! Plus précisément, de l’une des deux gay pride berlinoises, en l’occurence, la „grande“, l’aînée, la plus vieille, l’historique, la commerciale, celle qui part des „Champs Elysées de Berlin“ et se termine cette année devant la Porte de Brandebourg (et qui se bat entre autre pour la diversité chez Ikea).

Char de la gay pride (CSD) de Berlin 2010

L’autre, la „petite“, la cadette, l’alternative, la rebelle, la transgeniale, aura lieu la semaine prochaine et je vous en parlerai plus en détail en son heure.

Hier soir Judith Butler a gratifié le théâtre de la Volksbühne d’une conférence qu’elle a tenue, à la surprise générale, en langue allemande.

Théâtre de la Volksbühne avant la conférence de J. Butler

„Quel profil une politique queer doit-elle avoir pour se comprendre également comme une politique anti-militariste?“  Selon Judith Butler, la lutte d’une minorité doit être liée à la lutte des autres minorités. Queer n’est pas un concept identitaire mais une forme d’alliance. L’être humain ne peut atteindre la véritable liberté que lorsque tout le monde est libre : l’interdépendance est la condition de notre survie, nous sommes liéEs les unEs aux autres depuis le début – même si le système capitaliste se donne beaucoup de mal pour nous faire croire que l’individualité nous assurera le bonheur.

Butler a ensuite exprimé sa crainte face à la loi française d’interdiction de la Burqa, projet de loi salué par certaines féministes… oubliant par là-même qu’une catégorie de femmes n’aurait alors plus accès à l’éducation, à l’espace public, se verrait menacée par les forces de l’ordre… „Le but est de combattre ses propres peurs sans mettre en danger une minorité!“ a affirmé la philosophe américaine. « A-t-on réfléchi à ce que voulait dire l’article de la déclaration universelles des droits humains stipulant que toute personne a droit à la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé? Le droit des personnes transgenre de se montrer dans l’espace public devrait être le même que celui des personnes portant une burqa.“

Judith Butler et Andreas Kraß

A la question du présentateur Andreas Kraß de savoir s’il faudrait remplacer dans les « queer studies » le concept de « queer » par celui de « critique de l’hétéronormativité », elle a répondu qu’elle ne s’y connaissait pas vraiment en „queer studies“ (provoquant l’hilarité du public) au niveau académique, mais que queer ne signifiait pas seulement une critique de l’hétéronormativité :  citons également la critique du capitalisme, du militarisme, des rapports de pouvoir, etc. Elle a rappelé que queer n’était pas une identité, « ce n’est pas une ‘way of life’ ». Et d’ailleurs la conférencière a avoué ne pas savoir ce que ça voulait dire exactement que „vivre en tant que queer“ – si ce n’est avoir une action subversive sur les rapports de pouvoir, contourner ou stopper la reproduction dudit pouvoir, vaincre les disparités économique, etc.

Judith Butler a terminé sur ces mots: „It’s not enough to have a private life“.

Source : I bin ein berliner queer.

Et son discours en entier, pour les germanophones !