Judith
Butler jette le trouble dans la CSD de Berlin

Judith Butler à Madrid, 2009. Photo: gaelx / flickr

Honorée par la gay pride de la capitale allemande, samedi, la grande prêtresse du queer aura fait péter quelques ballons arc-en-ciel en dénonçant une manifestation «complice du racisme».

 

Distinguée par la plus grande Pride européenne, qui a réuni samedi plus d'un demi-million de participants, l'universitaire Judith Butler a jeté un froid. Elle est montée sur la scène de la Porte de Brandebourg, non pas pour accepter le prix «Zivilcourage» qui lui était décerné, mais refuser cet honneur et fustiger la manifestation, «commerciale et superficielle». Devant des organisateurs plutôt mal à l'aise, elle a dénoncé la place toujours plus large accordée par les principales organisations gay et lesbiennes d'Allemagne à la dénonciation de la criminalité visant les homosexuels et les transsexuels. Selon elle, cette violence est le plus souvent souvent associée à des migrants décrits comme foncièrement homophobes. «On ne doit pas se laisser associer à des organisations qui, au nom des communautés LGBT, mènent des guerres dans lesquelles le racisme et l'antisémitisme sont tolérés», a lancé l'auteure de «Trouble dans le genre».

«Migrants homophobes» cause de tous les maux

Apparemment inattendu, ce coup d'éclat a déstabilisé les organisateurs, qui ont eu du mal à reprendre la parole devant les remous dans l'assistance. Des collectifs queer ont salué la bravade de l'auteure de «Trouble dans le genre»: Suspect, représentant des LGBT migrants et de couleur, a ainsi dénoncé à son tour la «panique morale» qui se serait emparée de la scène gay, «où chaque cas de violence pouvant être connectée à une personne gay, bi ou trans – peu importe qu'il s'agisse d'homophobie ou d'un accident de la circulation – retentit comme une preuve que les hommes gays blancs sont les plus mal lotis, et que les "migrants homophobes" en sont la cause.»

Pour sa part, la députée verte au Bundestag Renate Künast, membre du comité d'organisation de la CSD, a relativisé l'affront: «Butler ne serait pas Butler si elle ne trouvait pas toujours quelque chose à critiquer», a-t-elle résumé.

Source : 360.ch