Paris - 21 septembre 2013

C’est avec une grande émotion que nous sommes dans le regret de vous annoncer la mort des communautés queer. Nous avons mobilisé toute notre énergie, toutes nos connaissances, mais rien n’y a fait. Après près d’une décennie d’acharnement thérapeutique, il nous a fallu nous rendre à l’évidence et mettre fin à de nombreuses années de souffrance. Dans un geste de bonté, de bienveillance et de triste lucidité, le recours à l’euthanasie s’est imposé.

Le diagnostic était posé depuis plusieurs années déjà. Nous étions atteints d’un mal incurable : l’ennui. Une fois l’ennemi évacué, nous avions besoin d’un os à ronger. Pour contrer l’ennui, nous sommes tombés dans la drogue. Nous sommes devenus accro à un ersatz de politique. De la politique de couloir, de la politique de comptoir, pas de la politique qui fait mal à la tête, pas de la politique de brochure, pas de la politique d’universitaires. On nous l’a vendu comme un truc radical, on en a pris une fois, deux fois… et puis on n’a plus jamais arrêté. Pourtant on a essayé. On s’est souvent dit qu’il fallait arrêter, que c’était toxique, qu’il fallait repartir sur autre chose… On a essayé de s’aider, mais on s’est tous entendu dire « Allez, encore une dernière fois… Juste un dernier ragot… C’est pas pareil là, c’est vraiment politique ! ». Au final, nous n’avons fait que s’ennuyer de la politique et politiser notre ennui.

Lorsqu’on est parti en quête d’un substitut, on s’est pris comme mission de « régler les conflits » nés de l’ennui de la politique et de la politique de l’ennui. Il fallait enquêter, faire justice, savoir le vrai, trouver les victimes, trasher les coupables… on en avait enfin des choses à faire ! des choses à dire ! Et attention, des choses vraiment politiques ! Et puis, comme tout est politique, on n’allait pas hiérarchiser. Dès que ça met mal à l’aise, dès que tu ne te sens pas bien, dès que ça grince, c’est comme un viol, c’est comme une agression : enquête, dossier, procès, verdict. La machine était rodée. Et forcément, quand on s’ennuie, les émotions c’est politique. Ça fait de l’agitation, ça crée de la ferveur, de la rage, bien révolutionnaire évidemment. Au lieu de mettre nos émotions dans la politique, on a mis de la politique dans nos émotions. On a pris la pose, l’air concerné, on a pleuré, on a exclu, on s’est haï. Et puis c’est comme les chaises musicales, on a recommencé.

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