29 avril 2009
Du Cliché Au Cachot
La guerre des représentations
S’il y a combat à mener, il est culturel, les médias l’ont bien sur compris depuis longtemps, les multinationales aussi, les politiques d’autant plus qu’ils prennent les mêmes agences de communication que les autres. Les derniers sur le banc de touche, à ne pas concevoir cela, sont les artistes et leur public, encore à ce demander si les films ont une influence sur les individus, si les messages des chansons sont importants pour les jeunes et peuvent jouer un rôle. Le totalitarisme avait besoin de propagande : affiches, cinéma, radio, commandes musicales, etc. Aujourd’hui, le marché du divertissement diffuse des quantités de messages stériles et uniformes, il noie beaucoup d’informations intéressantes sous le bruit des avertissements consuméristes, nous plonge dans un apolitisme cynique; et pendant ce temps le travail de l’opinion publique n’est pas délaissé au hasard de la loi marchande, mais réellement travaillé par le biais de l’image. Les guerres de nos lieux et époques sont des guerres médiatiques et culturelles, et l’opinion publique est l’objectif de ces guerres. Guerres dans lesquelles l’arme la plus influente est
« la représentation », « l’imagerie ». De quoi souffrent l’Islam, la banlieue, les Africains, les Antillais…? en partie d’une image négative. Le combat est donc en parti un combat de représentations, représentations que nous ne savons ni analyser ni manipuler. Elles résident sur un terrain qui n’est pas neutre et qui n’est pas notre, c’est celui des médias. Leur rôle est important à une époque où information devient pratiquement synonyme de politique.
Dans un monde enfumé d’informations, qui se contredisent l’une l’autre, qui se chevauchent, plus ou moins vraies, plus ou moins honnêtes, il est dur de savoir quoi écouter et qui croire. Certaines corporations ont le pouvoir de diffuser plus d’informations que d’autres, et dans ce cas, la répétition est comme le marteau qui frappe le clou qui fini par rentrer dans cette matière plus ou moins fine qu’est notre esprit critique. Certaines informations passent beaucoup plus souvent que d’autres; cela ne veut pas dire qu’elles sont plus importantes, ni même qu’elles soient vraies.
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Non Alignée // Le site de Rocé
18 mars 2009
Le Monde et le mouvement universitaire
Cela ne fait aucun doute : si vous voulez bénéficier de l’attention des grands médias, il vaut mieux être enseignants-chercheurs que salariés de la SNCF (ou simplement membres des personnels administratifs des Universités). Certes, les radios et les télévisions accorderont à vos revendications ou à votre mobilisation à peine plus d‘attention qu’à un fait-divers, surtout si celui-ci est suffisamment sordide [1], mais elles en parleront tout de même… Et dans la presse quotidienne et nationale imprimée ?
Dans la presse écrite, la morgue et le mépris qui ont, peu ou prou, été déversés par les préposés aux commentaires sur la plupart des mobilisations sociales contre les réformes néolibérales depuis 1995, sont, face à l’actuelle mobilisation universitaire, fortement atténués : effet de proximité sociale, sans doute, entre les éminences du journalisme et les sommités académiques ; effet de proximité, éventuellement miné par un conflit de légitimité entre les chercheurs et le clergé médiatique, comme le montre la sortie de Franz-Olivier Giesbert qui, dans Le Point, accusait les universitaires, d’avoir « chevillée au corps, l’idéologie du Père Peinard » [2].
Mieux : les divisions politiques entre les principaux journaux ne sont pas sans effets. Force est de constater qu’entre l’hostilité (embarrassée…) que manifeste Le Figaro et la proximité (revendiquée…) dont témoigne Libération [3], l’écart est grand : informations minimalistes dans le premier cas (assorties d’entretiens réservés à la droite, et d’enquêtes à charge sur les enseignants-chercheurs qui « ne publient pas » ou les grévistes qui « sont payés »), couverture généreuse dans le second. Et, entre les deux , Le Monde…
… Le Monde qui le 14 novembre 2007 annonçait dans un bref article « la fin du mouvement contre la loi sur l’autonomie », une loi que l’éditorialiste anonyme du quotidien avait ardemment soutenue. Plus d’un an plus tard le quotidien, grand communicateur de toutes les « réformes » gouvernementales, est confronté à de nouvelles « réformes » dont la plupart poursuivent la grande « rénovation » néo-libérale entreprise par le gouvernement. Suspense : Comment Le Monde va-t-il informer sur le conflit entre universitaires et gouvernement ?
Publié le 18 mars 2009 par Henri Maler, Olivier Poche
Suite de l'article : ACRIMED
31 janvier 2009
Double suicide du TGV : nouveau scandale psychiatrique ?
Le 10 décembre dernier, le double suicide d'une mère et de sa fille sur une voie TGV à Solliès-Pont, dans le Var, était présenté par la presse régionale comme un sanglant fait divers. Mais depuis le drame, le père de la famille, Michel Prévidi, 58 ans, ne cesse d'expliquer qu'il s'agit d'un nouveau scandale psychiatrique et, "pour déconstruire les mensonges", livre son récit kafkaïen.
Tout a véritablement commencé le 24 juillet 2008, lorsque la fille ainée de la famille Prévidi, Virginie (28 ans) se suicide seule sur les rails du TGV qui passe à cent mètres de leur maison. Le lendemain, Michel Prévidi se rend à la gendarmerie puis aux pompes funèbres. Là, une phrase va l'enchaîner au malheur:
"Il fallait que je choisisse l'urne pour ma fille. Dans la douleur, j'ai dit à l'employé des pompes-funèbres d'en réserver trois autres."
Intrigué par le propos, l'employé des pompes funèbres alerte la gendarmerie et explique que la famille projette un suicide collectif.
André Garon, maire UMP du village et ancien médecin militaire, lance alors avec l'accord du préfet un dispositif d'hospitalisation d'office (HO) pour les trois membres de la famille au centre hospitalier Henri Guerin de Pierrefeu-du-Var.
"Je ne peux plus vivre sans ma fille"
Le 28 juillet 2008, jour des obsèques, Michel Prévidi ne peut assister à la crémation de sa fille car c'est le jour choisi pour l'internement de sa famille par les autorités.
"Nous étions ensemble dans la salle. J'avais les mains sur le cercueil de ma fille, et à ce moment là, un médecin m'a demandé de sortir. Il y avait deux gendarmes, quatre pompiers, le maire. On m'a mis de force dans l'ambulance pour m'emmener à l'hôpital psychiatrique de Pierrefeu. Je n'ai donc pas pu assister à la crémation. Ma femme oui. Elle est sortie avec l'urne encore chaude et a été embarquée par la même équipe. C'est une véritable honte.
Comment le maire a-t-il pu prendre une décision alors qu'il ne nous connaissait pas et ne savait pas que nous étions sous traitement depuis trois jours et donc que nous étions stabilisés? On ne devrait pas enfermer quelqu'un simplement sur une parole maladroite. On n'enferme pas des gens à l'heure même de la crémation!"
C'est alors un véritable cauchemar qui commence pour la famille Prévidi à qui l'on interdit le deuil.
"Pendant douze jours, on nous a interdits de nous voir entre nous. Aucune rencontre de groupe, nous étions strictement séparés. Nous avons vécu avec des aliénés, il y avait des hurlements jour et nuit dans un environnement répugnant. Même si l'enfermement est justifié, on ne peut pas s'occuper des gens ainsi! Sans communiquer, sans se voir pendant douze jours! C'est inhumain!"
La famille, traumatisée par le suicide et l'enfermement, est à nouveau ébranlée le 10 décembre 2008 lorsque la mère Sylvie (50 ans) et la fille cadette Amélie (22 ans) décident de se suicider à leur tour sur la même voie ferrée. Son épouse ne laisse à Michel Prévidi qu'un simple mot: "Je ne peux pas vivre sans ma fille."
"Tenus d'exécuter notre mission de prise en charge"
Pour lui, c'est évident: "L'internement nous a détruits. Nous n'avons pas été soignés, mais notre malheur a été aggravé." De lourdes accusations auxquelles répond Michel Bartel, directeur du centre hospitalier Henri Guerin:
"Le centre s'est retrouvé en situation de devoir prendre en charge dans des circonstances dramatiques une famille éprouvée suite à une mesure d'ordre public d'HO. Le maire a réalisé une appréciation de la situation. Nous n'avons pas choisi la date de l'internement et nous avons été tenus d'exécuter notre mission de prise en charge.
Le choix de la séparation des patients est un choix des psychiatres et je ne peux pas le commenter, c'est une décision médicale. Toute l'équipe était sous le choc à l'annonce du drame. La perte d'un patient est toujours un échec. Je m'incline bien évidemment devant la douleur de M. Prévidi et celle du conducteur de la locomotive."
Quant au maire, il s'est expliqué au moment des faits et ne souhaite plus apporter de commentaires, considérant que le double suicide est une preuve par le drame. "Ils proféraient des menaces de suicide collectif et il y avait des présomptions lourdes de passage à l'acte. La tragédie a confirmé que l'hospitalisation était nécessaire."
Désormais, Michel Prévidi dit vouloir se reposer tout en s'exprimant sur un site Internet à la ligne anti-psychiatrique. Il a d'ores et déjà approché l'avocat Gilbert Collard avec pour ambition de déposer dans les prochains jours des plaintes contre les acteurs de l'internement familial.
Par Jean-Baptiste Malet
Source : Rue89
24 décembre 2008
Les philosophes, les sans-papiers et l’aéronef
Mardi 16 décembre, nous sommes quatre philosophes français à prendre l’avion à Roissy pour Kinshasa [République démocratique du Congo, ndlr] afin d’y participer à un colloque avec des philosophes africains, intitulé «Culture du dialogue et passage des frontières». Avant que nous embarquions, un policier distribue une «notice d’information» de la Police aux frontières (PAF) mettant en garde contre les conséquences judiciaires de l’opposition à l’embarquement d’une personne expulsée de France : tous délits cumulés, huit ans d’emprisonnement et 70 000 euros d’amende ! Ainsi avertis, nous constatons qu’au fond de l’avion, un homme et une femme, d’origine africaine, sont assis, menottés, et entourés de plusieurs policiers en civil.
Pouvons-nous tranquillement nous asseoir pour aller en Afrique parler avec des Africains du dialogue, des droits de l’homme et de l’accueil des étrangers, alors que dans notre avion deux de ces «étrangers» sont menottés, escortés, expulsés ? Citoyens d’une démocratie dont la constitution est censément adossée à une charte des droits de l’homme, nous décidons d’aller demander à quel titre ces personnes sont expulsées. Les policiers et une hôtesse de l’air, très tendus, nous ordonnent de nous asseoir. Un policier finit par nous dire qu’il s’agit d’étrangers sans titre de séjour et que c’est la loi. Pendant ce temps, la cabine s’est transformée en un véritable forum où les passagers discutent, protestent, s’indignent, demandent qu’on enlève les menottes ou que la police descende de l’avion et refusent de s’asseoir.
L’agitation retombe au bout d’une vingtaine de minutes, le commandant de bord obtient que tous se rassoient afin que l’avion décolle. Nous regagnons nos places. Une passagère lasse et désolée nous explique qu’elle est d’accord avec nous, mais qu’elle va voir sa famille pour Noël, qu’elle est en transit et qu’hier l’avion n’a pas décollé à cause d’un incident similaire. L’hôtesse de l’air vient demander l’identité des trois «fauteurs de trouble». Pierre Lauret refuse.
Alors que le calme est revenu et que tout le monde attend le décollage, le commandant de bord vient lui annoncer qu’il exerce son pouvoir de le débarquer. Un instant plus tard, des policiers armés et bottés le somment de sortir, finissent par l’arracher à son siège et le sortent manu militari de l’appareil. Sur la passerelle, ils le plaquent au sol et le menottent avec brutalité, son visage éraflé est en sang. Ils débarquent ensuite violemment un jeune homme qui n’avait rigoureusement rien fait ! Pierre Lauret est libéré au bout de six heures de garde à vue, et convoqué au TGI de Bobigny pour «opposition à une mesure de reconduite frontières et entrave à la circulation d’un aéronef».
Dans l’avion, la discussion continue librement entre les passagers indignés et les deux «complices» restés à bord : un territoire est-il à considérer comme une propriété ? Les frontières en sont-elles les murs ? L’ordre public justifie-t-il tous types de mesure ? Et ce en dépit des intimidations des policiers, et du commandement de bord allant jusqu’à nous menacer de nous livrer à la police congolaise. A leur retour le 22 décembre, Sophie Foch-Rémusat et Yves Cusset sont appréhendés par la police au sortir de l’avion et passent onze heures en garde à vue pour «outrage, menace à agent de la force publique et opposition à mesure de reconduite frontières», en attendant leur convocation devant le procureur.
Ce qui frappe dans cette histoire, c’est la volonté de constituer un délit d’opinion. Nous avons seulement posé des questions, de manière calme et pacifique, sans jamais émettre ni slogan ni appel. Nous avons ainsi rendu visible et publique une situation qui a fait l’objet d’un débat d’opinion. Mais le seul fait de porter à la connaissance de l’opinion, et qu’elle s’en empare, l’action du gouvernement, est traité comme un grave délit. On vous avertit d’abord de tout ce que vous risquez, et si en dépit de cela vous vous exprimez en posant une question, on vous débarque, on vous brutalise, on vous place sans ménagement en garde à vue et on vous poursuit sur la base d’une qualification ubuesque des faits. Le gouvernement proclame la «légitimité» de ses lois et l’abus qu’il y a à s’insurger contre elles, mais il veille à ce qu’elles soient appliquées en catimini, et pour cela il est prêt à recourir à des sanctions et des brutalités extravagantes. Parce que son action suscite au fond la honte de tous, expulsés, citoyens, équipage, et même certains policiers, le gouvernement redoute l’opinion. Non pas celle qu’il peut manipuler par des fictions médiatiques et des fantasmes d’invasion, mais celle qui se forme publiquement et fait entendre sa voix, dans le débat, face à la réalité des situations humaines.
Ici, le dispositif d’expulsion des étrangers rencontre un problème : il est délicat d’expulser des Africains dans des avions remplis de passagers africains. Car ces derniers savent qui sont ces hommes qui voyagent en «classe prison». Ils savent qu’ils ont quitté leur pays à cause de la misère, ou de la tyrannie, ou de la guerre. Ils savent le courage dont ils ont dû faire preuve pour arriver en France, puis pour s’y maintenir. Ils savent enfin la honte sociale qui frappe ceux qui sont contraints de rentrer, privés de tous leurs biens et n’osant plus se présenter à leurs proches. Cette opinion est partagée par de nombreux citoyens pour qui ceux qu’on appelle les «immigrés» sont des voisins, des camarades de travail, les copains de leurs enfants.
C’est cette opinion éclairée que le gouvernement veut museler, avec dans bien des cas la complicité active d’Air France. Il s’agit d’empêcher par tous les moyens qu’on puisse voir les immigrés pour ce qu’ils sont : des hommes et des femmes qui vivent une histoire à la fois tragique et courageuse dans ce monde que nous partageons - si mal - avec eux. Il s’agit de les expulser sans que nul ne se demande ce qu’ils ont vécu avant, et ce qui va leur arriver après. L’important est que les avions décollent à l’heure. Dans l’indifférence au sort de ces hommes entravés qui sont nos compagnons de voyage.
L’Etat français espère nous conduire à cette docilité en multipliant les inculpations et les sanctions, sans oublier de citer Guy Môquet au passage. Il peut parvenir à ses fins : après tout, on a vu pire dans l’histoire. Dès lors, c’est notre responsabilité politique et morale, à l’heure où la crise financière va lourdement aggraver la situation des pays pauvres et des migrants dans le monde, de nous opposer aux projets dégradants du gouvernement du «pays des droits de l’homme», au sein d’une Europe transformée en forteresse.
Sophie Foch-Rémusat, Yves Cusset, Pierre Lauret philosophes
Source : Libé
Air France a-t-elle dénoncé trois philosophes à la police ?
Ce lundi matin, vers 8 heures, des policiers attendaient deux passagers à l'arrivée du vol Air France 866 en provenance de Kinshasa. Deux universitaires, philosophes, qui participaient depuis une semaine à un colloque international au Congo. Ce qu'on leur reproche? Avoir protesté, mardi 16 décembre, lors du vol aller, contre l'expulsion d'un étranger en situation irrégulière.
Dès leur descente de l'avion, les deux philosophes ont été placés en garde à vue dans les locaux de la PAF à Roissy. C'est seulement dans la soirée, peu après 18 heures, que Yves Cusset et Sophie Foch-Remusat ont été libérés.
Ils attendaient encore, lundi soir, une convocation du parquet, comme leur collègue et compagnon de voyage, Pierre Lauret, qui était invité au même congres mais qui, lui, n'a jamais gagné Kinshasa. En effet, il a carrément été sorti de l'avion dès le vol aller, et a été interpellé dans la foulée.
Une garde à vue plutôt courte ("six à sept heures", dit l'intéressé), suivie d'une convocation pour le 4 mars devant le tribunal sur reconnaissance préalable de culpabilité. La procédure n'a rien d'exceptionnelle.
La police n'a pas demandé l'identité des philosophes
Une histoire qui repose la question du rôle d'Air France dans les expulsions de sans-papiers. A la tête de la compagnie, on continue à dire que deux tiers des pilotes s'y opposent. Dans ces cas-là, le commandant de bord peut exiger que le ressortissant étranger et, le cas échéant, les passagers qui s'opposent à son expulsion, soient sortis de l'avion.
Mais on confirme que le commandant de bord a toute latitude pour décider, ou pas, de collaborer avec la police, par exemple lorsque celle-ci souhaite connaître l'identité de passagers qui se seraient opposés à des expulsions. Y compris, parfois, lorsque le parquet n'est pas intervenu à titre officiel.
D'après ce qu'a raconté Pierre Lauret, ce lundi après-midi, à Rue89, la police n'a pas exigé des trois passagers réputés fauteurs de trouble qu'ils présentent leur identité dans l'avion. Qu'ils aient su qui était Pierre Lauret est évident: il a été interpellé avant même que l'avion ne décolle et conduit aussitôt en garde à vue.
En revanche, il en va autrement des deux autres, que la police attendait à la sortie de leur vol retour. C'est-à-dire que les forces de l'ordre avaient été informés de leur identité et de la date de leur retour. Par Air France, très probablement.
La pratique semble accréditer cette hypothèse. Ainsi, une hôtesse de l'air syndiquée à la CGT confirme qu'il est très courant de donner les noms de passagers s'opposant à une reconduite à la frontière.
Soit parce que le commandant de bord "seul maître à bord durant le vol", fait un rapport immédiat à l'officier de police qui a pour obligation d'accompagner l'étranger reconduit jusqu'au décollage de l'avion.
Soit parce que, de manière informelle, le personnel naviguant, et notamment les hôtesses, a donné spontanément le nom des fauteurs de trouble à la police, y compris après l'atterrissage.
Cette hôtesse, qui suit d'ailleurs une "formation musclée" avec le GIGN ("apprendre à mettre des menottes, baillonner, mettre les doigts dans les globes oculaires"), confirme du reste que ce qu'on appelle "les passagers indisciplinés [1] sont la grande priorité d'Air France" actuellement:
"Au GIGN, on m'a dit que c'était de l'ordre de cinq passagers indisciplinés par mois sur un vol de la compagnie. Sur le fond, ça peut se comprendre dans la mesure où une émeute dans un avion fait plonger l'avion. Reste que, dans la pratique, il s'agit de plus en plus souvent de gens qui s'opposent à des expulsions."
"Des questions insistantes"
[2]C'est
Me Dominique Noguerres, vice-présidente de la Ligue des droits de
l'homme, qui assure la défense des trois universitaires. Elle confirme
pour sa part que les interpellations contre des passagers qui se sont
opposés à une expulsion augmentent. Ils peuvent être poursuivis
notamment pour (comme le détaille le document du ministère de
l'Intérieur ci-joint):
- Entrave à la circulation d'un aéronef
- Outrage
- Rébellion
En l'espèce, l'avocate, qui ne consultera pas le dossier avant début janvier pour cause de vacances de Noël, ne préférait pas se prononcer sans avoir eu entre les mains la convocation de ses clients. Beaucoup dépendra en fait de ce qu'ils ont signé durant la garde à vue.
Pierre Lauret, pour sa part, affirme avoir reconnu "avoir posé des questions insistantes" et "refusé d'obéir aux ordres qui l'enjoignaient de regagner sa place". Il affirme, en revanche, n'avoir proféré "ni appel à la rébellion, ni slogan". Son avocate ignorait, lundi soir, combien il risquait, comme du reste pour les deux autres universitaires.
Côté forces de l'ordre, le ministère de l'Intérieur promet de revenir vers Rue89 après avoir récolté auprès du ministère de l'Immigration les chiffres relevant le nombre d'oppositions à l'expulsion de sans-papiers.
Du côté de RESF, Brigitte Wieser, qui a médiatisé l'histoire des trois philosophes, fait état de plus en plus de témoignages remontant au réseau, émanant de gens qui s'étaient manifestés "à titre individuel, et non plus nécessairement au nom d'une association ou d'un collectif".
Même si elle ne tient pas de statistiques ("on n'entend pas parler de tous les cas"), elle relève au passage que la plupart des histoires qui ont eu un écho médiatique important se sont soldées par une relaxe ou, tout au plus, par une amende symbolique.
C'était le cas, par exemple, du professeur des écoles Florimond Guimard, relaxé en octobre 2007 [3] pour avoir manifesté contre l'explusion d'un sans-papiers depuis l'aéroport de Marignane, le 11 novembre 2006.
Lundi soir, Pierre Lauret misait quant à lui sur la médiatisation de cette histoire pour obtenir une issue favorable.
URL source: http://www.rue89.com/2008/12/22/air-france-a-t-elle-denonce-trois-philosophes-a-la-policeLiens:
[1] http://www.rue89.com/2007/08/23/expulsions-en-avion-faut-il-desobeir?page=3
[2] http://www.rue89.com/files/numérisation0001.pdf
[3] http://www.rue89.com/2007/10/25/florimond-guimard-resf-et-le-proces-ni-fait-ni-a-faire
Par Chloé Leprince
19 décembre 2008
ASSEMBLEE GENERALE DES TRAVAILLEURS DANS LES BATIMENTS LIBERES DE LA GSEE
L’assemblée générale des travailleurs insurgés
Mercredi 17 décembre à 18 heures
Nous déterminerons notre histoire nous même ou nous la laisserons être déterminée sans nous.
Nous, travailleurs manuels, employés, chômeurs , intérimaires et précaires, locaux ou migrants, ne sommes pas des téléspectateurs passifs. Depuis le meurtre d’Alexandros Grigoropoulos le samedi soir, nous participons aux manifestations, aux affrontement avec la police, aux occupations du centre ville comme des alentours. Nous avons dû maintes et maintes fois quitter le travail et nos obligations quotidiennes de prendre les rues avec les lycéens, les étudiants et les autres prolétaires dans la lutte.
NOUS AVONS DECIDE D’OCCUPER LE BATIMENT DE LA CONFEDERATON GENERALE DES TRAVAILLEURS EN GRECE (GSEE)
Pour le transformer en un espace de libre expression et un point de rendez-vous pour les travailleurs,
Pour dissiper les mythes encouragés par les médias sur l’absence des travailleurs des affrontements, que la rage de ces derniers jours ne serait que l’œuvre de quelques 500 « cagoulés » (koukoyloforon), « hooligans », ou d’autres histoires farfelues, alors que dans les journaux télévisés les travailleurs sont présentés comme des victimes de ces affrontements, et alors que la crise capitaliste en Grèce et dans le Monde mène à des licenciements innombrables que les médias et
leurs dirigeants considère comme un « phénomène naturel ».
Pour démasquer le rôle honteux de la bureaucratie syndicale dans le travail de sape contre l’insurrection, mais aussi d’une manière générale. La Confédération générale des travailleurs en Grèce (GSEE), et toute l’intégralité de la machinerie syndicale qui le soutient depuis des dizaines et des dizaines d’années, sape les luttes, négocie notre force de travail contre des miettes, perpétue le système d’exploitation et d’esclavage salarié. L’attitude de la GSEE mercredi
dernier parle d’elle même : la GSEE a annulé la manifestation des grévistes pourtant programmée, se rabattant précipitamment sur un bref rassemblement sur la place Syntagma, tout en s’assurant simultanément que les participants se disperseraient très vite, de peur qu’ils ne soient infectés par le virus de l’insurrection.
Pour ouvrir cet espace pour la première fois, comme une continuation de l’ouverture sociale créée par l’insurrection elle-même, espace qui a été construit avec notre contribution mais dont nous avons été jusqu’ici exclus. Pendant toute ces années nous avons confié notre destin à des sauveurs de toute nature, et nous avons finit par perdre notre dignité. Comme travailleurs, nous devons commencer à assumer nos responsabilités, et cesser de faire reposer nos espoirs dans des leaders « sages » ou des représentants « compétents ». Nous devons commencer à parler de notre propre voix, nous rencontrer, discuter, décider et agir par nous même. Contre les attaques généralisées que nous endurons. La création de collectifs de résistance « de base » est la seule solution.
Pour propager l’idée de l’auto-organisation et de la solidarité sur les lieux de travail, de la méthode des comités de luttes et des collectifs de base, abolir les bureaucraties syndicales.
Pendant toutes ces années nous avons gobé la misère, la résignation, la violence au travail. Nous nous sommes habitués à compter nos blessés et nos morts - les soit disant « accidents du travail ». Nous nous sommes habitués à ignoré que les migrants, nos frères de classe - étaient tués. Nous sommes fatigués de vivre avec l’anxiété de devoir assurer notre salaire, de pouvoir payer nos impôts et de se garantir une retraite qui maintenant ressemble à un rêve lointain.
De même que nous luttons pour ne pas abandonner nos vies dans les mains des patrons et des représentants syndicaux, de même nous n’abandonnerons pas les insurgés arrêtés dans les mains de l’Etat et des mécanismes juridiques.
LIBERATION IMMEDIATE DES DETENUS
RETRAIT DES CHARGES CONTRE LES INTERPELLES
AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS
GERVE GENERALE
Source : http://emeutes.wordpress.com/
A Fleury, des détenus filment "l'autre côté" de la prison
Une vidéo prise en cachette à l'intérieur de la prison de Fleury-Mérogis commence à faire du buzz, sur le web, ce jeudi. C'est le journal Le Monde qui a pu consulter l'intégralité de ces deux heures trente d'images filmées par des détenus au coeur de la maison d'arrêt. En voici un extrait diffusé sur Dailymotion. (Voir la vidéo)
Ces détenus, qui avaient introduit sous le manteau des caméras, ont d'abord confié leurs images à une société de production, I-screen, qui a ensuite médiatisé la chose. L'intérêt de l'opération, pour eux: montrer le quotidien tel qu'il n'apparaît pas lors des visites officielles. On y assiste par exemple à une violente baston entre prisonniers, à l'abri des regards des surveillants.
Luc Bronner, le journaliste du Monde qui affirme avoir pu visionner l'ensemble des images, rapporte les paroles des auteurs du film:
"Quand on est en détention, on voit plein de reportages télé sur les prisons. Mais ils ne montrent jamais ce qui se passe vraiment parce que l'administration organise les visites et ne montre que les bâtiments en bon état. On s'est dit qu'il fallait montrer l'autre côté de la détention."
Images après images, la vie carcérale empire
Il y a quatorze mois, en septembre 2007, Rue89 avait publié un diaporama de photos prises dans le quartier disciplinaire de Fleury-Mérogis. Nous vous proposons de regarder une nouvelle fois cet état des lieux en images. Edifiant.
Cliquez ici pour voir le diaporama en plein écran
A l'époque, l'Observatoire international des prisons (OIP) venait de publier un rapport accablant sur l'insalubrité de cette prison construite en 1968 dans l'Essonne avec la vocation d'être un modèle.
Le tribunal administratif de Versailles (saisi par l'OIP) avait même ordonné une enquête dont il était ressorti que "Fleury" mettait "en danger la santé et la sécurité des personnes détenues qui s’y trouvent temporairement maintenues et des agents chargés de leur surveillance".
Quarante ans après, les douches sont moisies
Surpopulation, conditions d'hygiène, absence de promenades à l'air libre: le constat de 2007 se trouve renforcé par ces nouvelles images qui montrent notamment les murs des douches couverts de moisissures.
Pourtant, aussi spectaculaire soit-il, ce constat d'une dégradation crescendo n'est pas nouveau. Dans les archives de l'INA, on trouve ainsi deux sujets qui montrent le quotidien à Fleury, dans des registres très variés.
D'abord un reportage consacré à un concert de Kassav (!) entre les murs, en 1989, qui permet malgré tout de distinguer des bribes de la vie derrière les barreaux. (Voir la vidéo)
Treize ans plus tôt, en 1976, c'était à l'occasion d'un documentaire sur la santé en milieu carcéral qu'on pouvait pénétrer notamment dans l'univers du Fleury de l'époque. (Voir la vidéo)
Trois décennies plus tard, un des détenus qui s'expriment sur les images relayées par I-Screen et Le Monde dit ceci :
"C'est bientôt Noël, on est là, on caille comme des SDF. Même les SDF dehors, ils sont mieux que nous."
Par Chloé Leprince | Rue89
18 décembre 2008
Les lycéens sont-ils vraiment plus violents qu'avant ?
Médias et politiques parlent d'une radicalisation récente. Un discours constant depuis, au moins, 1968. La preuve par l'image.
Du contre-sommet de Vichy [2] aux occupations de lycées contre la réforme Darcos en passant par le soutien aux jeunes Grecs [3] insurgés, les médias ont largement relaté, ces dernières semaines, la mobilisation des jeunes en France.
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La jeunesse serait ainsi "de plus en plus violente" ou "en pleine radicalisation". La preuve: les arrestations de jeunes qualifiés d'"autonomes" [4] par le ministère de l'Intérieur n'ont jamais été aussi nombreuses, comme les interpellations de très jeunes militants pour les sans-papiers ou pour le droit au logement (certains cumulant les deux casquettes).
Autre illustration de cette radicalisation supposée: certaines villes où l'extrême-gauche est réputée avoir prise, comme par exemple dans l'Ouest, sont parties au quart de tour, ces dernières semaines, pour faire front contre Xavier Darcos.
Certes, le recul du ministre [5] sur sa réforme du lycée, lundi, n'a pas calmé les ardeurs contestataires: si l'on en croit mots d'ordre et préavis de grève, la mobilisation du jeudi 18 décembre reste maintenue. Pour autant, si l'on fouille dans les soutes de l'INA [6], on constate que le discours n'a pas vraiment changé: depuis au moins quarante ans, médias et classe politique n'ont eu de cesse de relayer cette fameuse "nouvelle radicalité" de la jeunesse.
Dès mai 1968, les dégâts causés par les manifestations font la Une
Plus radicaux, donc, les lycéens? Pas si sûr. Ainsi, de 1968, on peut retenir ce passage, vu par Marguerite Duras. (Voir la vidéo)
Ou bien celui-là, qui n'a pas grand chose à envier à la présentation actuelle des manifestations. (Voir la vidéo)
Bien avant le CPE... Malek Oussékine
Alors pourquoi police et médias continuent-ils de dire que la contestation se radicalise chez les jeunes? Côté RG, on affirme que c'est à compter de 2006 et de la bataille contre le CPE (Contrat première embauche [7]) que le mouvement se radicalise. A leurs yeux, deux critères principaux:
- Voir débouler dans Paris des jeunes des cités réputés avoir inspiré, du haut des émeutes de l'autonome précédent, pas mal de jeunes autonomes
- Constater que les organisations qui appellent à défiler se font déborder
En images, voilà ce que ça donne, par exemple, au journal télévisé du 23 mars 2006, date à laquelle on a répertorié plus de 450 interpellations en marge des manifs. (Voir la vidéo mais attention, c'est l'intégralité du JT, il faut aller directement à la fin du premier tiers.)
Mais ces heurts, bien réels, au moment du CPE ne sont, loin s'en faut, pas sans précédents, contrairement à ce que l'on a pu en dire. Vingt ans plus tôt, la fronde contre la loi Devaquet avait déjà produit violences et débordements. Déjà aux abords des Invalides. Cette année-là, la chasse aux "casseurs" s'était soldée par la mort d'un étudiant: Malek Oussékine. (Voir la vidéo)
On entend aujourd'hui dire que les manifestations de Brest [8] et d'ailleurs contre la réforme Darcos dégénèrent comme jamais du fait de l'infiltration de la "mouvance anarcho-autonome".
Chez les RG, on estime ainsi que ces militants non affiliés tentés par une violence extrême sont de plus en plus jeunes et en voie de régénération. Pourtant, en 1976 déjà, un certain Julien Dray, chevelu, était déjà outré d'avoir été débordé par ce que l'on appelait alors les "éléments incontrôlés". (Voir la vidéo)
Liens:
[1] http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php
[2] http://www.rue89.com/2008/11/03/le-contre-sommet-de-vichy-tiraille-entre-autonomes-et-partis
[3] http://www.rue89.com/2008/12/13/soutien-agite-aux-jeunes-grecs-sur-les-champs-elysees
[4] http://www.rue89.com/2008/12/03/autonomes-et-sabotages-retour-sur-une-enquete-tres-mediatique
[5] http://www.rue89.com/2008/12/15/reforme-du-lycee-darcos-a-cede-quoi-quil-en-ait-dit
[6] http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php
[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/Contrat_première_embauche
[8] http://www.rue89.com/2008/12/11/la-france-peut-elle-sembraser-comme-la-grece
"Pas de photos. Maintenant, c'est comme ça"
Lors d'une manifestation lycéenne place Bellecour à Lyon, mardi vers 17h30, des policiers ont empêché deux photographes de l'AFP de faire leur travail. L'un d'eux, Jean-Philippe Ksiazek, raconte à Rue89 comment les hommes en bleu lui ont "arraché" son appareil avant d'en effacer toutes les photos.

(De Lyon) Les lycéens n'étaient pas très nombreux, une cinquantaine, et bloquaient l'un des côtés de la place. Il y avait une dizaine de camions de CRS, et nous étions cinq photographes: trois indépendants et deux de l'AFP, mon collègue Fred Dufour et moi, venus du bureau de l'agence qui se trouve juste à côté. Nous avions notre brassard de presse.
Des policiers sont venus vers nous et nous ont dit: "Pas de photos." J'ai répondu que j'avais une carte de presse, que je faisais mon travail:
"- Aujourd'hui, c'est interdit de faire des photos.
- Pourquoi aujourd'hui?
- Parce que maintenant, c'est comme ça."
Apparemment, c'est pour des raisons de droit à l'image des policiers. Ensuite, les CRS ont repoussé les jeunes de la chaussée, très proprement, en procédant à deux ou trois arrestations.
Ils ont essayé de nous empêcher de photographier. Ils ont bloqué Fred sur un mur, avec une matraque dans le cou et une sur la poitrine, en lui disant: "Toi, tu travailles pas."
Moi j'ai réussi à faire quelques photos. Juste après, deux CRS et un policier coiffé d'un képi m'ont embarqué en me faisant une clé de bras:
- Maintenant, tu effaces toutes tes photos.
- Non, il n'y a pas de raison que je fasse ça. Je suis journaliste, j'ai ma carte de presse, je travaille."
Ils voulaient m'emmener au poste, comme si j'avais braqué une banque. Puis, pendant que deux policiers me tenaient, le troisième a arraché mon appareil, qui était en bandoulière autour de mon cou.
Ensuite, ils ont effacé toutes les photos, d'un seul coup, ce qui me laisse supposer qu'ils ont eu une formation pour ça. Il y avait environ 150 photos, d'un blocage de lycée le matin, et de la manifestation de l'après-midi. Ensuite ils m'ont dit: "Voilà, vous pouvez rentrer chez vous."
Heureusement, comme les photos, même effacées, laissent des traces dans la mémoire de l'appareil, on a pu les récupérer. Elles ont été diffusées.
Le chef du bureau de l'AFP à Lyon a protesté auprès des autorités, et on lui a répondu: "Envoyez un courrier."
Il y a une nouvelle manifestation lycéenne jeudi à Lyon, on verra comment ça se passe.
Photo: Jean-Philippe Ksiazek appréhendé par les policiers, mardi à Lyon (DR)
► Les syndicats de journalistes protestent contre cette censure [1]
10 décembre 2008
Appel à la mobilisation
Ce matin une manifestation a eu lieu devant le consulat de Grèce à
Paris qui est resté fermé (il a été annoncé que le consulat comme
l'ambassade de Grèce n'allait pas ouvrir ses portes dans tous les pays
de l'U.N.). L'enterrement du jeune a eu lieu cet après-midi. La
situation dans le pays est explosive (il y a demain une grève générale
de 24 heures).
Photo rassemblement
L'appel sort d’une initiative d'étudiants et travailleurs grecs.
*Appel à la mobilisation suite à la mort d’un jeune de 15 ans en Grèce*
Le
samedi 06/12 vers 21 :00 au centre d’Athènes un policier tire trois
fois et tue un élève de 15 ans. Malgré les allégations initiales du
policier la vérité est maintenant claire. Tout commence par une
querelle entre un groupe d’élèves et deux policiers, qui se trouvent
dans une voiture de patrouille. Les policiers partent puis reviennent à
pied et provoquent les jeunes avec des gestes et des insultes. Alors
que trois des jeunes s’approchent, un des policiers sort son arme et
tire trois fois. Le jeune élève est mortellement blessé. Les personnes
présentes sur les lieux crient à l’aide tandis que les policiers
indifférents, partent.
Dans les média français et internationaux
plusieurs versions des faits ont été présentées. Cependant, deux jours
après les faits, les médias continuent à présenter la version initiale
de la police. Rien ne concourt à cette version : la voiture de
patrouille a été retrouvée intacte ce qui contredit l’allégation des
policiers d’avoir été attaqués par un groupe, alors qu’ils se
trouvaient dans leur voiture. De plus, dans l’attente de l’examen
médico-légal, le policier a avoué avoir tiré sur le jeune garçon.
Enfin, les témoignages ainsi que des vidéos tirés au moment des faits
prouvent bien qu’il a tiré de sang froid.
Alexandros Andreas
Grigoropoulos était sorti ce samedi soir pour s’amuser avec des amis
dans le quartier d’Exarcheia, situé au centre d’Athènes. Il s’agit d’un
quartier qui historiquement a exprimé la résistance de la jeunesse et
des mouvements sociaux. Mais c’est aussi dans ce quartier que se
condense de la meilleure manière la violence de la police et de l’État,
évidente non seulement dans les mouvements qui ont éclaté ces dernières
années mais aussi dans la vie quotidienne.
Nous ne considérons
pas que l’assassinat d’Alexandros constitue un incident isolé de
violence et de démonstration de pouvoir de la police mais vient montrer
clairement la réaction face à n’importe quelle forme de résistance. En
effet, cette période est en Grèce une période d’exacerbation des
mouvements sociaux. Les travailleurs luttent depuis plus d’un an,
contre les réformes de la sécurité sociale et contre une série
d’attaques à leurs droits et leurs salaires. Les étudiants et les
élèves occupent leurs facultés et leurs écoles depuis trois ans et
luttent contre la réforme du système éducatif et du processus de
Bologne, contre le dédain de leurs diplômes et défendent leur droit au
travail. Les immigrés malgré les humiliations et les violences subies
au quotidien luttent pour le droit de vivre dans la dignité. Les
prisonniers se trouvent quant à eux au deuxième mois de grève de la
faim, revendiquant des conditions d’incarcération humaines.
Parallèlement à l’essor des mouvements sociaux le gouvernement est
fragilisé par des scandales successifs. Dans ce cadre là, l’assassinat
d’Alexandros découle des choix politiques du gouvernement et d’un
climat à l’encontre de celles et ceux qui résistent.
Cet acte
n’est pas l’acte isolé d’un policier psychopathe mais fait partie d’une
politique de répression exercée par la police dans le but d’encadrer
les politiques de l’État qui sont contestés par une grande partie de la
société. Malgré les efforts du gouvernement pour apaiser les esprits,
plus de 10.000 personnes se trouvent dans la rue actuellement. Le
sentiment d’injustice et d’indignation ressenti par l’assassinat d’un
jeune garçon a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase face aux
abus des forces de l’ordre agissant de manière répressive et très
souvent dans l’impunité. Mais ce mouvement n’est pas une simple
réaction isolée de jeunes mais au contraire, une réaction ferme d’une
grande partie de la population qui va se poursuivre par une grève
générale et des manifestations étudiantes le mercredi 10/12 dans toute
la Grèce.
L’assassinat du jeune Alexandros et la violence
policière et étatique ne concerne pas uniquement les Grecs. Cet
assassinat aurait pu avoir lieu dans n’importe quel pays de l’Europe.
Des cas de violences policières ont déjà eu lieu dans d’autres pays
européens. Parallèlement les mouvements des travailleurs et de la
jeunesse se fortifient en Grèce et dans tous les pays européens. Pour
honorer la mémoire du jeune Alexandros nous devons continuer de lutter.
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Source : m u l t i t u d e s - i n f o s
Liste transnationale des lecteurs de "Multitudes"




