25 octobre 2006
One Night Stand (Porn Lesbien et queer)
J'ai participé à ce projet tout simplement parce que j'avais envie de baiser avec Ali, devant une caméra, devant des personnes que je ne connaissais pas, avec quelqu'une qui m'excite.
Parce que c'est important de visibiliser d'autres sexualité, d'autres corps, ma sexualité, mon corps, de le confronter au regard des autres, de visibiliser ce que la pornographie straight ne connaît pas, n'envisage même pas, loin de la facticité de la sexualité mécanisée et scénarisée des pornos hétéronormés.
Parce qu'un porn lesbien et queer, fait par des lesbiennes et des transgenres ouvre une espace de création d'images, d'autres images qu'une sexualité lyophilisé de la pornographie standardisée et aussi parce que la/les pornographie/s lesbiennes, queers, trans n'existent pas ou trop peu.
Parce "nos" images me manquent, parce que j'ai envie de travailler, participer, réfléchir sur cette création pour moi, pour d'autres.
Parce que montrer son cul, mouiller son jean, jouir, s'impliquer dans cette aventure: c'est politique, c'est une démarche consciente, une volonté de faire vivre mes désirs, mes fantasmes, mon identité, ma transidentité.
Parce qu'Emi propose une ouverture sur des images qui font partie de ma construction, de nos constructions sexuelles et identitaires.
Parce que j'avais envie de donner une part de l'intimité de ma chair.
Parce que ma scène, notre scène avec Ali n'avait pas été prépensé par une tierce personne, parce qu'on avait tout les champs des possibles devant nous.
C'était important de me jeter avec Ali dans cette scène sans avoir baiser avant, sans savoir où nous allions, pour donner un instantané d'une première rencontre entre deux indivudu'e's.
Je ne sais pas ce que je pense de cette scène, juste j' y ai pris beaucoup de plaisirs, sur l'instant et que ce plaisir m'a suivi toute la soirée.
J'ai aimé la complicité qui s'est installé entre Ali et moi, nos désirs crus, notre envie d'en rire après avoir baisé.
Maintenant, quasiment un mois après, je suis impatient de voir le film dans son ensemble, fini, monté, avec le regard d'Emi, ses choix sur notre scène.
Je suis curieux de voir ce qu'elle en a retenu et ce qu'elle a décidé d'en montrer.
Je suis content d'avoir participer à la réalisation de ce porn qui montre, explore, met à nu des sexualités lesbiennes et queers, des corps lesbiens et transgenres.
Je vis cette scène comme un instantané de ma vie, de mon quotidien...juste une bouteille jeté à la mer, pirate forever.
Novembre 2005
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J'ai écrit ce texte à la demande d'émilie la réalisatrice de One Night Stand/ Pour Une Nuit, quelques jours aprés avoir tourner notre scéne, ali et moi. Je viens de voir le film sur un écran géant dans une salle blindée d'inconnu'e's au pornfestival de Berlin...le film sera projeté à Paris dans le cadre du festival gay et lesbien en Novembre (http://www.ffglp.net/).
Maintenant, je sais que c'est plus facile pour moi de baiser devant un caméra et 4 personnes que de parler devant 400 personnes qui viennent de voir mes ébats avec ali....mais je suis content d'avoir participé à cette aventure...vivement le ONS volume 2 !!!
Pourquoi j'ai été un XXboys.
Quand j'ai débuté ma transition hormonale, j'ai cherché en moi quelle image masculine je voulais mettre en scène, en vie.
Quel garçon je voulais offrir au monde dans la palette de mes masculinités.
J'ai cherché en quelque sorte comment je voulais habiller mon identité masculine, quel personnage principal allait être l'interface entre moi et le monde, entre mon univers et celui des Autres.
Pendant pas mal d'années, j'ai fait vivre une personnage de fille sexy, active, directive, dominante.
Cette fille, elle a été ma queen, j'ai vécu en drag queen pendant si longtemps que pour rien au monde j'avais envie de perdre cette facette sexy que j'ai si longtemps construit, manucuré, stylisé.
Découvrir la possibilité d'être sexy et d'être fier, non dans le genre féminin qui était sensé s'imposer à moi, mais dans le genre masculin que j'ai choisi, a été pour moi salvateur.
Etre trans et sexy, être trans et fier, c'est le champ des possibles que les XXboys offrent au monde, aux Autres, mais avant tout aux autres transboys.
Je ne parle pas d'esthétisme en utilisant ce mot "sexy", pas que, mais de quelque chose de l'ordre de ma survie, de ma culture de Tboy, du rapport à mon corps, à ma sexualité, de ma construction d'individu exilé de son genre d'assignation.
Mon corps n'est plus un champ de bataille, je suis fier d'être passer de l'autre côté du miroir, fier de re/découvrir le teenager qui dormait en moi, fier de ma voix qui a mué, des mes boutons d'acné qui m'emmerdent, fier de tout ces anodins détails si important dans la découverte de ma nouvelle peau, de mon corps qui devient ce dont je rêvais depuis si longtemps.
Je remercie Kael et tout les XXboys qui fait le choix de visibiliser ces composantes de nos transidentités.
Parce que les XXboys ne sont pas des ersatz de mecs bio dont certain'e's penseurs/ses de la Normalité rêve de créer, mais des individus à part entière.
Parce que je suis fier d'être un garçon avec un dickclit, avec des mes/aventures passées de fille, avec un F sur mes papiers d'identité.
Parce que j'ai piraté ce qui semblait aller de soi pour les Autres.
Parce que je suis un genderfucker.
Parce que je ne suis ni un homme, ni une femme, mais simplement un fuckin' trangender.
Parce que ma transidentité est ma plus grande mutinerie.
Et encore pour d'autres raisons anecdotiques ou infiniment plus importante, je suis fier d'être visible, fier de ma transidenté, fier d'être encore en vie.
A kael, aux XXboys, thank brothers...!
Novembre 2005.
mon texte est consultable sur http://www.20six.fr/xxboys
03 octobre 2006
Fille manquée*garçon réussi
Fille, j’suis une fille ou du moins c’est ce qu’on m’a dit, on m’a collé un joli F au cul et sur mon acte de naissance, c’est sûr, on a maté mon sexe à la maternité, un petit coup d’œil rapide et c’est parti pour toute une vie ki disent. Ça a l’air con comme ça, on mate ton entrejambe et on se te dit que tu devras mettre ton corps en valeur, être la plus belle possible, mettre des jupes s’il le faut, laisser pousser tes cheveux, être féminine, être hétéra, pondre des gosses... C’est con quand t’y penses, un petit coup d’œil et tu gagnes un kit à vie, soit tu gagnes un F, soit un M. Et point barre, c’est sans compromis, entre les 2, poubelle, chirurgie, réassignation, scalpel et point de suture, ça arrange disent les médecins et autres psychoconNEs. C’est plus simple, c’est propre, ordonné. Rien à voir, laisser passer. C’est la Nature ki disent, mais moi, la Nature, j’y crois pas, j’pratique pas cette religion, je me la colle au cul, la Nature, on en reparlera si je la croise un jour, mais d’ici là, je mangerai sans doute les pissenlits par les racines. Et puis, elle est belle leur prétendue Nature quand tu choisis pour quelqu’unE son sexe à coups de reconstruction acharnée, à coups de couteau, eh, pardon de scalpel et d’injection dans le fessier. Tu seras une fille, mon bébé, la preuve, t’as un vagin et ça, c’est important ki disent, bon ok, le tien, c’est le médecin qui te l’a un peu bidouillé mais bon sinon on savait pas de quelle couleur décorer ta chambre, intersexuéE ki z’ont dit, bouhhhhh, quelle horreur, heureusement, on sait le réparer, sinon, houlà quel foutoir, pas de prénom, pas de repère, pas de frontière, pas de carcans, pas facile pour les parents, houlàlà, pas facile pour la machine à stéréotyper, pas de case pour les entre-deux. Allez les F et les M à la pouponnière, les Autres, au bloc opératoire, tu vas voir c’est pour ton bien, le bien de la société héteronormée oui, mon bien, mon bien, mais tout le monde s’en fout, la preuve, qui m’a demandé mon avis sur cette question... ? Ha, c’est vrai, je parlais pas encore et c’était urgent, pas l’temps d’attendre, les robots-réassignateurs t’ont déjà choisi un sexe et ça n’a pas été simple, c’était le chantier là-bas, en bas, pas vraiment normal ki disent et puis bouhhh, pas beau, pas beau du tout même. Mais bon, j’m’égare, j’suis pas passé par la case poubelle, j’avais tout ce qui fallait apparemment pour qu’on dise oh, le jolie petite fille !! Un F sur mon acte de naissance et j’ai gagné un kit rose, youpi, j’ai rien choisi, bienvenue parmi nous, ah le beau bébé, ah c’est une fille, oh quelle est mignonne, boudou, boudou !!!!!!!!! Et hop, paqueté, ficelé, envoyé c’est pesé !!! Tu seras une femme mon bébé, tu choisis rien, c’est comme ça, c’est la Nature ki disent. Mais oups là, bon, ok j’ai un vagin, mais qu’est-ce que ça change ?? Ah plein d’trucs........ ah ok le sexe ça fait qu’on a des cerveaux qui pensent pas pareil, les F à droite, les M à gauche, toi t’es 1 et moi j’suis un 2 et ensemble on doit produire un autre 1 ou une autre 2, en espérant que tout fonctionne bien pour elle/lui, pas d’intersexuéE, sinon, attention chirurgie, attention punition, attention réassignation !!! Ah bon, alors, j’suis un F, un 2, alors j’suis une fille, poil ô kiki, ô zizi que j’ai pas, alors j’dois m’résigner au complexe de castration pour accepter ma féminité ki dit papa Freud, Sigmund pour les intimes. Houlà, j’ai la tête qui tourne, pleins de tucs à savoir, à faire, à penser, à assimiler, à ne pas dire, pour être une femme digne de ce nom, de ce titre, faut pas déconner avec les étiquettes, sinon, attention peut-être t’es fou/folle, bon pour l’hôpital, ah on t’en donne une autre d’étiquette, c’est écrit "anomalie" dessus, merde alors, faut pas déconner. Sauf que déconner, moi j’aime ça. Et je le fais même tout les débuts de mois, un petit coup de testo en intramusculaire dans la fesse. Non, je ne me suis pas résigné à être une fille, une femme, ah bah, merde, alors, tu veux être un mec. Hé bien pas vraiment, remerde alors, t’es ni un 1, ni une 2, comment tu vas faire, j’comprends pas, mais pourquoi, mais comment, mais quoi, mais où est donc passé ornicar. Entre mes jambes, je regarde mon clito grandir, crâne rasé, voix qui mue, poils qui poussent, seins qui disparaissent, corps qui change...
Interrogations, point de suspensions. Si j’t’dérange, détourne les yeux.
A mutant female.
Texte extrait de "mutant at work #2 / le zine caca rose" disponible sur le net sur le site: http://mutants-at-work.net/ ainsi que dans le dernier numéro de No Pasaran "dossier queer" (#51, sept.2006)



