31 janvier 2009
Comment le pape fait entrer un schisme au cœur de l’Eglise
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Après avoir reçu Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, en août 2005 dans sa résidence de Castelgandolfo; après avoir, en décembre 2005 "relativisé" la tradition du concile Vatican II en lui contestant sa qualité d’"aggiornamento" et de "tournant", Benoît XVI avait, pour réfléchir à la manière d’aborder la question du schisme intégriste lefebvriste, convoqué une réunion des cardinaux responsables des différents "dicastères" (ministères) du Vatican, le 13 février 2006. Au cours de cette réunion au sommet, Benoît XVI avait largement évoqué la question de l’évolution des relations du Saint-Siège avec la Fraternité Saint-Pie X. Et d’envisager, déjà, la possibilité de lever l’excommunication des évêques lefebvristes. Rappelons pour mémoire les écrits du cardinal Ratzinger en 1985, à l’époque gardien de l’orthodoxie romaine sous le pontificat de Jean Paul II: "Nous devons tout tenter en vue d’une réconciliation autant qu’il est possible et, pour cela, profiter de toutes les occasions", avait-il affirmé, dans son livre "Entretiens sur la Foi, à propos justement du mouvement lefebvriste qui devait devenir schismatique trois ans plus tard. Le cardinal Ratzinger avait cependant déclaré qu’il ne voyait "aucun avenir pour une position de refus fondamental à l’égard de Vatican II, en soi illogique". Une vision des choses qui transparaît parfaitement dans le protocole d’accord du 5 mai 1988 entre le Saint-Siège et la Fraternité, protocole rédigé par le même cardinal. Mgr Lefebvre rompra au dernier moment les négociations et ne signera pas ce document. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts de la Rome pontificale. A l’automne 2006, le pape Ratzinger-Benoît XVI offre au transfuge de l’intégrisme lefebvriste -l’abbé Laguérie- un statut sur mesure avec son Institut (sacerdotal) du Bon Pasteur. En passant outre l’avis des évêques de France. En juillet 2007, le pape publie son "Motu proprio" (décision
personnelle) "libéralisant" la messe en latin qui, au passage, n’avait
jamais cessé d’être célébrée. Il n’était donc pas explicitement demandé aux évêques intégristes de reconnaître le dernier concile et la validité de la messe selon le rite désormais ordinaire de l’Eglise. Les ratés de la réconciliation: un problème d'agenda Rome avait alors présenté ce geste comme une proposition de "retour dans la communion". Les Lefebvristes refuseront cette "main tendue ". Le Vatican avait fait l’erreur de faire ses propositions à l’occasion du vingtième anniversaire du schisme. Il n’était pas question pour la Fraternité Saint-Pie X d’accepter un tel accord en fidélité à la mémoire de Mgr Lefebvre.
Le 13 novembre 2008 dans Golias Hebdo n°54, nous annoncions que la levée des excommunications des évêques intégristes était imminente. C’était chose faite le 21 janvier 2009 par le décret signé par le pape et le cardinal Re, préfet de la congrégation pour les évêques. Un décret que ce prélat signera à contre-cœur et qui lui vaudra prochainement son "déplacement"… Or, force est de constater que dans ce document du 21 janvier levant l’excommunication, les termes à partir desquels le cardinal envisageait, en 1985 et 1988, un accord avec les Lefebvristes, ont complètement disparu. Seul est demandé aux évêque intégristes le fait de reconnaître la primauté du siège de Pierre. Quant aux questions théologiques et doctrinales de fond, elles sont reléguées aux accessoires liturgiques sous forme de futurs "entretiens"; entretiens sur lesquels pèse le flou le plus complet. Aucune repentance des évêques intégristes, aucune parole pour les insultes et les procès en inquisition qu’ils n’ont eu cesse de prononcer contre les prêtres, les évêques et les laïcs qui ont donné leur vie pour mettre en œuvre les réformes de Vatican II. Au contraire, une posture arrogante et hautaine, comme le laisse transpirer le communiqué de Mgr Fellay du 24 janvier, communiqué où il indique ce qu’il a l’intention de faire entendre au pape dans le domaine de la vraie foi catholique. En inscrivant un schisme au cœur de l’Eglise catholique, le pape Benoît XVI a pris une lourde responsabilité: celle de vouloir régler un schisme intégriste tout en en provoquant un autre. Celui-là ne se mettra pas en scène, ne pratiquera pas le lobby incroyable que les intégristes n’ont eu de cesse de mener auprès du Vatican depuis vingt ans pour arriver à leurs fins. Ce schisme rampant sera celui des membres du Peuple de Dieu, qui, en partant sur la pointe des pieds, sans bruit, sans éclats, videront une dernière fois l’Eglise de sa substance la plus évangélique et la plus missionnaire, ne se reconnaissent plus dans une Ecclesia qui, pour "sauver" moins de 100 000 personnes d’un schisme intégriste, en perdra dans les mois prochains dix fois à vingt fois plus… Cette décision constitue un point de non retour dans la confiance que certains gardaient encore dans les responsables de l’Eglise catholique. En ce sens, Benoît XVI en cédant aux pressions des intégristes, engage désormais l’Eglise catholique sur une voie de division. En effet, la volonté du pape de favoriser l’unité au sein de l’Eglise catholique, que l’on peut considérer légitime en soi, s’appuie sur des bases tellement faussées qu’elles ne peuvent que provoquer de nouvelles déchirures; déchirures beaucoup plus grandes et béantes que celles qu’il veut justement réparer. En l’espèce, la décision du pape de lever l’excommunication des Lefebvristes est d’abord une victoire posthume de Mgr Lefebvre. En partenariat avec: Golias Hedbo Photo: des cardinaux pendant la messe pour les malades célébrée par Benoit XVI à Lourdes le 15 septembre 2008 (DR). Bernard Fellay, patron de la Fraternité Saint-Pie X. |
06 novembre 2008
L’élection prodigieuse
Par Judith Butler Philosophe, féministe américaine.
Je ne suis pas sûre de pouvoir adresser mes
réflexions «à Obama», mais
il me paraît significatif que nous soyons invités à nous adresser à lui
comme si nous le connaissions personnellement. C’est peut-être là une
des caractéristiques d’un responsable charismatique : les électeurs ont
l’impression de le connaître personnellement et ils ont envie d’être
connus de lui. A mesure que les élections se rapprochaient, l’attention
s’est focalisée sur la personne d’Obama : son sérieux, sa pondération,
sa capacité à ne pas se mettre en colère, sa façon d’afficher une
certaine égalité d’humeur face à des attaques blessantes et à un
discours politique exécrable. Quel est le risque d’une déception
inévitable alors que ce dirigeant charismatique ne cache pas le fait
qu’il peut être faillible, affiche son empressement à préconiser le
compromis ? Sans compter que ses actions sont limitées par la politique
du parti, les intérêts économiques et le pouvoir de l’Etat.
La suite dans Libération du 06/11/08


Les
ponts n’étaient toutefois pas coupés: il s’agissait d’un simple
problème d’agenda. Ainsi, les négociations reprirent et au début de
l’automne 2008, Mgr Fellay, patron de la Fraternité Saint-Pie X,
demandait à ses fidèles de réciter un million de chapelets jusqu’à Noël
pour le soutenir dans ses efforts. 

